Chloé Renard, journaliste spécialisée dans les questions de santé mentale étudiante, rencontre la Docteure Isabelle Marchand, psychologue clinicienne installée à Paris depuis neuf ans. Spécialiste reconnue du burn-out étudiant et des ruptures amoureuses chez les 18-30 ans, la praticienne pratique des thérapies brèves et des TCC. Dans cet entretien, elle détaille les mécanismes qui rendent les séparations particulièrement destructrices pendant les sessions d’examens et livre des outils concrets.

Pourquoi les ruptures pendant les examens sont particulièrement dévastatrices

Chloé Renard : Pourquoi une rupture touche-t-elle davantage les étudiants en période d’examens qu’à un autre moment de l’année ?

Dr Isabelle Marchand : Ce que j’observe en consultation, c’est que la période d’examens mobilise déjà toutes les ressources cognitives et émotionnelles de l’étudiant. Une rupture vient alors saturer un système nerveux déjà en surcharge. En 2024, j’ai accompagné 47 étudiants dont 31 ont vu leur moyenne chuter de plus de deux points après une séparation survenue entre le 15 avril et le 15 mai. Le circuit de la récompense, habituellement stimulé par les révisions et les résultats attendus, se trouve brutalement privé de la dopamine liée à la relation. Concrètement, ce que je recommande dès la première séance, c’est de cartographier les tâches cognitives qui restent accessibles : lecture passive, fiches déjà préparées, plutôt que d’exiger une concentration soutenue impossible pendant 72 heures. Ne faites surtout pas l’erreur de nier l’impact physiologique : cortisol élevé, sommeil fragmenté, appétit perturbé. Ces symptômes ne sont pas des faiblesses personnelles mais des réactions neuro-endocriniennes documentées. Pour comprendre l’ensemble du contexte, notre guide complet sur la santé mentale étudiante et burn-out pendant les examens analyse les données des services universitaires sur cinq années. J’ai également suivi en 2023 un étudiant en L2 d’économie dont la rupture survenue le 28 avril a provoqué une perte de 2,8 points de moyenne et un report de deux partiels ; après avoir appliqué un protocole de tâches fragmentées pendant quatre jours, il a récupéré 1,4 point sur les épreuves restantes. Les données nationales du réseau des SUMPPS montrent que les pics de consultations pour rupture coïncident exactement avec les semaines d’examens de mai, avec une hausse de 38 % par rapport aux mois de mars et avril. Il faut donc anticiper que le cerveau en stress académique ne dispose plus des marges habituelles pour absorber un stress affectif supplémentaire. Un autre cas survenu en 2021 concernait une étudiante en P1 médecine qui a vu ses résultats aux colles hebdomadaires passer de 14,2 à 9,7 après une rupture le 10 mai ; le rétablissement a nécessité six semaines de suivi hebdomadaire avant un retour à la normale.

Psychologue en consultation avec une jeune adulte dans un cabinet chaleureux


Chloé Renard : Quels sont les délais de récupération observés chez vos patients ?

Dr Isabelle Marchand : Les données de mon cabinet montrent une moyenne de 11 jours avant que la capacité de mémorisation à court terme retrouve 70 % de son niveau initial, à condition que le contact avec l’ex-partenaire soit interrompu. Lorsque le « no-contact » n’est pas respecté, ce délai passe à 23 jours en moyenne. J’ai suivi une étudiante en L3 droit qui, après une rupture le 2 mai 2023, a dû reporter trois épreuves parce qu’elle relisait les conversations WhatsApp jusqu’à 3 heures du matin. Une fois le téléphone mis en mode avion et confié à une amie pendant dix jours, elle a réussi à réviser efficacement et a obtenu 14,5 de moyenne. Concrètement, ce que je recommande, c’est de poser un cadre temporel précis : 72 heures sans aucune interaction digitale, puis réévaluation avec le thérapeute. En 2024, sur 31 cas similaires, les étudiants ayant respecté strictement les 72 premières heures ont vu leur temps de rumination passer de 4,2 heures par jour à 1,1 heure. Un autre cas concret concerne un étudiant en master de biologie qui, après avoir bloqué les stories Instagram de son ex le jour même de la rupture, a pu maintenir ses révisions de 6 heures quotidiennes et conserver sa moyenne à 15,2. Ces chiffres illustrent que le facteur temps sans contact agit directement sur la récupération des fonctions exécutives. En 2020, j’ai également suivi un étudiant en BTS qui a mis 31 jours à récupérer parce qu’il continuait d’échanger des messages nocturnes ; le simple fait d’installer une application de blocage a réduit ce délai à 14 jours.

Les 3 erreurs classiques que font les étudiants après une rupture en exam session

Chloé Renard : Quelle est la première erreur la plus fréquente ?

Dr Isabelle Marchand : La première erreur, et la plus dommageable, consiste à tenter de « compenser » la perte affective par une hyper-activité sociale immédiate. Ce que j’observe en consultation, c’est que les étudiants organisent des sorties ou des soirées dès le lendemain, pensant que la distraction va effacer la douleur. Or les données montrent que ces sorties augmentent la fatigue cognitive et réduisent le temps de sommeil réparateur de 1 h 45 en moyenne. J’ai eu le cas d’un étudiant en informatique qui, après avoir passé la nuit à boire avec des amis, s’est présenté à l’épreuve de programmation avec un temps de réaction divisé par deux et a échoué à 6/20. Ne faites surtout pas cela. La deuxième erreur est de multiplier les consultations de proches non formés : parents, colocataires, qui donnent des conseils contradictoires et augmentent l’anxiété décisionnelle. La troisième est de conserver les objets et les photos « pour se souvenir des bons moments », ce qui maintient l’activation du circuit de récompense et retarde le deuil. En 2022, une étudiante en lettres a conservé pendant trois semaines les sweats de son ex ; son score à l’échelle de rumination est resté à 28/40 jusqu’à ce qu’elle range ces objets dans un carton confié à une amie. Les données de mon cabinet indiquent que 64 % des étudiants qui organisent des sorties le lendemain d’une rupture voient leur note moyenne baisser de 1,9 point sur les deux semaines suivantes. Un cas supplémentaire en 2023 a concerné un étudiant en géographie qui a multiplié les soirées karaoké et a vu son mémoire rendu avec trois jours de retard, entraînant une pénalité de 4 points.


Chloé Renard : Comment éviter la deuxième erreur ?

Dr Isabelle Marchand : Concrètement, ce que je recommande, c’est de limiter les confidences à une seule personne de confiance et de lui donner un mandat clair : écoute sans conseil, ou au contraire feedback structuré. Dans mon cabinet, j’utilisé un exercice de « journal de 10 minutes » où l’étudiant note chaque soir les trois émotions dominantes et une seule action micro pour le lendemain. Cette méthode, inspirée des TCC, réduit le ressassement de 40 % en deux semaines selon les mesures que je prends avec l’échelle de rumination de Nolen-Hoeksema. Un cas récent concerne une étudiante en STAPS qui, après avoir appliqué le journal pendant 14 jours, a vu son temps de rumination passer de 3 heures à 45 minutes par jour et a validé son semestre avec 13,8 de moyenne. J’ai également observé que les étudiants qui choisissent un interlocuteur unique formé à l’écoute active récupèrent leur capacité de concentration 6 jours plus tôt en moyenne que ceux qui consultent plusieurs personnes. En 2019, une étudiante en sociologie a testé cette approche après avoir d’abord consulté trois amies différentes ; le passage à un seul interlocuteur a permis une stabilisation des notes dès la deuxième semaine.

Burn-out de couple vs rupture : comment les distinguer et comment agir

Chloé Renard : Comment différencier un burn-out relationnel d’une rupture définitive ?

Dr Isabelle Marchand : Le burn-out de couple se caractérise par un épuisement progressif où les deux partenaires restent investis mais n’ont plus d’énergie pour l’autre. La rupture, elle, implique une décision unilatérale ou bilatérale de mettre fin à la relation. Ce que j’observe en consultation, c’est que 68 % des étudiants qui consultent pour « rupture » décrivent en réalité un burn-out de couple non traité depuis six à huit mois. Dans ces cas, une thérapie de couple brève peut encore être tentée si les deux personnes sont d’accord. Lorsque l’un des deux a déjà entamé une nouvelle relation ou déménagé, le diagnostic bascule vers la rupture. J’ai accompagné en 2022 une étudiante en médecine dont le compagnon médecin a rompu trois semaines avant les ECOS. La distinction a permis de ne pas perdre de temps en tentatives de réconciliation inutiles. Les statistiques de mon cabinet sur 112 cas montrent que les burn-out relationnels durent en moyenne 7,4 mois avant la décision finale, tandis que les ruptures brutales surviennent après seulement 2,1 mois de signes avant-coureurs ignorés. L’entretien avec une psychologue sur la vie amoureuse étudiante permet d’approfondir ces distinctions pour les cas limites.


Chloé Renard : Quelle est la marche à suivre une fois la distinction faite ?

Dr Isabelle Marchand : Une fois la rupture confirmée, je prescris systématiquement un « protocole de 21 jours » : suppression des réseaux sociaux mutuels, journal émotionnel quotidien, et une activité physique de 30 minutes trois fois par semaine. Ce protocole, testé sur 112 patients entre 2021 et 2024, montre une réduction de 35 % des symptômes dépressifs mesurés par l’échelle PHQ-9. Un étudiant en informatique a vu son score PHQ-9 passer de 17 à 9 en trois semaines grâce à ce cadre strict. Des ajustements ont également été observés chez 18 patients supplémentaires qui ont intégré une marche quotidienne de 45 minutes, obtenant une baisse supplémentaire de 12 % sur l’échelle d’anxiété GAD-7.

Gestion pratique : comment étudier le lendemain d’une rupture

Chloé Renard : Quelles techniques concrètes proposez-vous pour la première journée ?

Dr Isabelle Marchand : La première journée, je recommande de ne pas viser plus de trois heures de travail effectif fractionné en blocs de 25 minutes avec pauses de 5 minutes. L’application Pomodoro combinée à une playlist sans paroles permet de contourner le déficit attentionnel. J’ai vu une étudiante en psychologie qui, après avoir appliqué cette méthode le lendemain de sa rupture, a réussi à mémoriser 12 pages de cours sur la neuropsychologie alors qu’elle pensait être incapable de lire une seule ligne. Concrètement, ce que je recommande aussi, c’est de changer de lieu d’étude : bibliothèque plutôt que chambre, pour associer un nouvel environnement à la reprise du travail. Les données de 2024 montrent que les étudiants changeant de lieu le jour même récupèrent 22 % de productivité en plus par rapport à ceux restant dans leur chambre. Un étudiant en histoire a ainsi pu rédiger une fiche de 1800 mots en deux heures et demie après avoir quitté sa chambre pour la BU.

Étudiante assise devant des livres ouverts regardant par la fenêtre d'un air pensif


Chloé Renard : Et pour les jours suivants ?

Dr Isabelle Marchand : À partir du troisième jour, on peut augmenter progressivement la charge : 4 heures, puis 5 heures, en intégrant des séances de sport le matin qui libèrent des endorphines et améliorent la concentration de l’après-midi. Le lien avec reconnecter avec des gens après une période difficile est ici pertinent : un binôme de révision stable apporte à la fois soutien et accountability sans les risques d’une nouvelle relation romantique précipitée. Un cas d’étudiante en droit a illustré ce bénéfice : après avoir formé un binôme de révision le quatrième jour, elle a maintenu 5 heures de travail quotidien et a validé son semestre avec mention bien. En 2024, 14 de mes patients ont adopté ce système et ont tous validé leur semestre avec une moyenne supérieure ou égale à 12,5.

Quand consulter un professionnel — et comment (SUMPPS, psychologues, applis santé)

Chloé Renard : À quel moment faut-il franchir le pas de la consultation ?

Dr Isabelle Marchand : Lorsque les troubles du sommeil persistent plus de dix jours, que les pensées intrusives occupent plus de deux heures par jour ou que les notes chutent de plus de trois points, il est temps de consulter. Le SUMPPS reste la porte d’entrée la plus rapide et gratuite pour les étudiants. Les délais moyens sont de 8 à 12 jours à Paris en période d’examens. Pour les cas plus urgents, les plateformes comme accompagnement psychologique pour étudiants en période de crise proposent des premiers entretiens sous 48 heures. En 2023, 27 de mes patients ont été orientés via cette plateforme après avoir constaté une chute moyenne de 3,4 points.


Chloé Renard : Quelles sont les alternatives quand le SUMPPS est saturé ?

Dr Isabelle Marchand : Les psychologues libéraux conventionnés et les applications de thérapie brève comme thérapie brève et soutien psychologique pour jeunes adultes constituent des solutions complémentaires efficaces. Dans mon cabinet, 40 % des étudiants viennent après avoir testé ces outils en première intention. Un étudiant en master de physique a ainsi bénéficié de trois séances en ligne avant de consulter en présentiel, ce qui a réduit son délai d’entrée en thérapie de 11 jours. Par ailleurs, la timidité au campus et premiers rendez-vous peut constituer un sujet connexe lorsque la rupture ravive des difficultés relationnelles plus anciennes.

5 questions rapides — ce que vous n’osez pas demander

Chloé Renard : Vrai ou faux : il faut absolument tout bloquer sur les réseaux le jour même ?

Dr Isabelle Marchand : Vrai. Le no-contact digital dès les premières heures réduit significativement la durée du deuil affectif.

Chloé Renard : Vrai ou faux : parler à ses parents aide toujours ?

Dr Isabelle Marchand : Faux. Les parents non formés peuvent amplifier la culpabilité ; mieux vaut choisir un interlocuteur neutre.

Chloé Renard : Vrai ou faux : le sport intense est contre-indiqué les premiers jours ?

Dr Isabelle Marchand : Faux. Une activité modérée de 30 minutes améliore le sommeil et la régulation émotionnelle.

Chloé Renard : Vrai ou faux : changer de filière après une rupture est une mauvaise idée ?

Dr Isabelle Marchand : Vrai, sauf si le projet était déjà remis en question avant la rupture.

Chloé Renard : Vrai ou faux : les anxiolytiques prescrits par un médecin sont une solution durable ?

Dr Isabelle Marchand : Faux. Ils apportent un soulagement ponctuel mais ne remplacent pas le travail psychothérapeutique.

Conseils finals de la Dr Marchand

  1. Posez un cadre temporel strict de 72 heures sans contact et sans rumination active.
  2. Fractionnez vos révisions en blocs de 25 minutes maximum pendant les trois premiers jours.
  3. Prenez rendez-vous au SUMPPS ou via une plateforme validée dès que les symptômes durent plus de dix jours.

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