Partir au Canada sans passer par Erasmus
Nora Benali, journaliste — Comment un étudiant français peut-il partir au Québec ou au Canada hors Erasmus, et qu’est-ce que ce cadre change dans ses rencontres sur place ?
Élodie Caron, responsable des relations internationales — Il faut demander à son université quels accords bilatéraux directs elle a signés avec des établissements québécois ou canadiens, puis candidater dans le cadre proposé localement. La donnée urgente, pour un projet en 2026-2027, est la fermeture du programme BCI à compter de cette année universitaire. Il ne faut donc plus construire son départ en supposant que ce dispositif sera disponible.
Côté rencontres, l’étudiant rejoint moins un réseau international identifiable sous une même bannière qu’un campus précis, avec ses propres habitudes. Les liens naissent surtout dans les cours, le logement ou les activités suivies sur la durée. Cela demande davantage d’initiative, mais une mobilité pouvant atteindre une année universitaire complète donne aussi du temps aux relations pour s’installer.
La fermeture du BCI change les projets pour 2026-2027
Nora Benali — Pourquoi cette fermeture est-elle un point aussi sensible pour les étudiants attirés par le Québec ?
Élodie Caron — Le programme du Bureau de coopération interuniversitaire occupait une place particulière. Il permettait d’effectuer un séjour d’études au Québec tout en payant les frais de scolarité français, plutôt que les frais internationaux canadiens, plus élevés. Ce dispositif fonctionnait hors Erasmus+, puisque le Canada n’est pas couvert par Erasmus+.
À compter de l’année 2026-2027, le programme BCI ferme. Un étudiant qui avait entendu parler de cette possibilité lors d’un salon, par un ancien participant ou dans une documentation plus ancienne risque donc de préparer son dossier à partir d’une information périmée.
La bonne réaction n’est pas d’abandonner le Québec. Il faut vérifier immédiatement si son université possède un accord bilatéral direct avec l’établissement envisagé. Ces conventions université-à-université deviennent la piste centrale. Leur contenu doit être lu tel qu’il existe en 2026-2027, sans présumer qu’il reprend automatiquement les conditions du BCI.
Erasmus, BCI et convention directe : ne pas confondre les cadres
Nora Benali — Pouvez-vous résumer les différences entre ces trois voies ?
Élodie Caron — Le mot « échange » masque des fonctionnements distincts. Le guide de préparation Erasmus 2026 reste utile pour comprendre la logique générale d’un départ universitaire, mais il ne faut pas appliquer mécaniquement ses repères à une mobilité canadienne.
| Critère | Erasmus+ | Programme BCI | Accord bilatéral direct Québec/Canada |
|---|---|---|---|
| Cadre | Système européen centralisé | Coopération interuniversitaire avec le Québec, hors Erasmus+ | Convention signée entre deux universités |
| Canada couvert ? | Non | Québec uniquement dans le cadre du programme | Oui, si l’université française dispose de l’accord correspondant |
| Situation en 2026-2027 | Le Canada reste hors du dispositif | Fermeture à compter de cette année universitaire | Alternative à rechercher auprès de chaque université |
| Frais de scolarité | Conditions propres au cadre Erasmus+ | Frais français plutôt que frais internationaux canadiens | Conditions à vérifier dans le texte de chaque accord |
| Durée | Selon le dispositif et le projet | Selon le cadre proposé avant sa fermeture | Peut atteindre une année universitaire complète |
| Interlocuteur décisif | Université d’origine et cadre Erasmus+ | Université d’origine dans le cadre BCI | Service des relations internationales de l’université d’origine |
La vraie rupture se situe dans l’organisation. Il n’existe pas, pour ces accords canadiens, un système européen unique permettant de raisonner de la même manière partout. Deux étudiants inscrits dans des universités françaises différentes peuvent avoir accès à des destinations distinctes.
Les questions à poser avant de déposer un dossier
Nora Benali — Que faut-il demander concrètement au service des relations internationales ?
Élodie Caron — Il faut arriver avec des questions précises, surtout à quelques semaines du début de l’année 2026-2027. Demander simplement « comment partir au Canada ? » risque de produire une réponse trop générale. Je conseillerais cette liste :
- Quels accords bilatéraux directs avec le Québec ou le reste du Canada sont actifs pour 2026-2027 ?
- Mon niveau d’études et mon domaine sont-ils concernés par ces accords ?
- La convention autorise-t-elle un semestre ou une année universitaire complète ?
- Quelles conditions de frais de scolarité sont prévues après la fermeture du BCI ?
- Quel est le calendrier de candidature fixé par mon université ?
- Quels documents et quelles étapes de sélection sont demandés localement ?
Les réponses dépendent de la convention disponible. C’est une différence majeure avec l’image d’un programme uniforme. Un accord signé par une université ne crée aucun droit automatique pour les étudiants d’un autre établissement français.
Il faut aussi distinguer le Québec du Canada dans son ensemble. Le BCI concernait le Québec. Pour une autre province canadienne, l’étudiant doit chercher une convention directe correspondant réellement à la destination souhaitée.
Des rencontres moins balisées qu’au sein du réseau Erasmus
Nora Benali — La vie sociale est-elle réellement différente lorsqu’on part dans le cadre d’un accord bilatéral ?
Élodie Caron — Oui, même si la différence ne doit pas être caricaturée. Erasmus bénéficie d’un nom connu et d’un imaginaire collectif fort. Les étudiants qui s’y rattachent identifient vite d’autres participants. Les rencontres Erasmus commencent parfois avant même l’arrivée, parce que chacun sait appartenir au même dispositif.
Avec un accord bilatéral au Canada, l’étudiant est d’abord rattaché à son université d’accueil. Il peut rencontrer d’autres internationaux, mais rien ne garantit qu’un groupe déjà constitué l’attende. Cette absence de cadre commun peut déstabiliser les premières semaines.
Elle possède aussi un avantage. L’étudiant est incité à ne pas rester uniquement avec des Français ou avec d’autres personnes en échange. Les cours suivis régulièrement et les espaces de vie du campus deviennent les lieux les plus naturels pour revoir les mêmes visages. Une conversation isolée ne crée pas forcément une amitié ; la répétition compte davantage.
À Montréal, consulter une page destinée aux étudiants de la ville permet aussi de repérer un environnement plus large que celui de son seul établissement. Cela ne remplace pas les échanges quotidiens, mais évite de réduire la mobilité au trajet entre une salle de cours et un logement.
Une année complète transforme la façon de créer des liens
Nora Benali — Une mobilité longue favorise-t-elle automatiquement des relations plus fortes ?
Élodie Caron — Automatiquement, non. On peut rester isolé pendant une année entière, comme on peut nouer une relation marquante en quelques semaines. La durée offerte par certains accords bilatéraux — jusqu’à une année universitaire complète — crée toutefois une marge que les séjours plus courts n’ont pas toujours.
Au début, l’étudiant observe beaucoup et compare avec la France. Après quelques mois, les relations peuvent sortir du registre de la découverte. On ne se voit plus seulement parce que chacun est nouveau sur le campus, mais parce qu’une habitude réelle s’est créée.
Cette durée permet aussi de corriger un démarrage social difficile. Rater les premières rencontres n’est pas fatal lorsque le séjour couvre toute l’année. Il reste du temps pour rejoindre une activité régulière, parler aux personnes croisées en cours ou accepter une invitation tardive. C’est moins spectaculaire qu’une semaine d’intégration, souvent plus solide.
Les Bourses Sophie Germain ne remplacent pas le BCI
Nora Benali — Existe-t-il d’autres dispositifs liés à la mobilité internationale dont les étudiants doivent connaître l’existence ?
Élodie Caron — Les Bourses Sophie Germain méritent d’être citées avec précision. Créées en 2023, elles ont déjà financé 81 projets de recherche en mobilité depuis leur création. Ce chiffre montre qu’une mobilité internationale peut aussi prendre la forme d’un projet de recherche.
Il ne faut pourtant pas présenter ces bourses comme le successeur général du BCI. Le programme BCI organisait un séjour d’études au Québec avec le maintien des frais de scolarité français plutôt que l’application des frais internationaux canadiens. Les Bourses Sophie Germain concernent des projets de recherche en mobilité. Ce ne sont pas deux dispositifs interchangeables.
Un étudiant doit donc commencer par définir la nature de son projet : séjour d’études dans le cadre d’une convention directe ou mobilité de recherche. Mélanger les deux peut conduire à attendre un financement ou une procédure qui ne correspond pas à sa situation.
Préparer aussi son arrivée sociale
Nora Benali — Quel plan simple recommandez-vous pour ne pas subir les premières semaines ?
Élodie Caron — La préparation administrative ouvre la porte du séjour ; elle ne fabrique pas un cercle social. Je conseille un plan souple, sans chercher à remplir chaque journée avant même le départ :
- repérer les lieux du campus où l’on pourra revenir régulièrement ;
- engager la conversation avec les personnes déjà croisées en cours plutôt que d’attendre un événement exceptionnel ;
- choisir une activité récurrente afin de revoir les mêmes étudiants ;
- éviter de rester uniquement dans un groupe francophone par confort ;
- considérer le logement comme un possible lieu d’échange, sans lui demander de résoudre toute la vie sociale.
La colocation internationale entre étudiants peut faciliter les contacts quotidiens. Elle ne garantit pas l’entente, et chacun a besoin de moments calmes. Ce qui aide réellement, c’est la fréquence des interactions.
Nora Benali — Quel serait votre dernier conseil pour un départ prévu en 2026-2027 ?
Élodie Caron — Ne déposez pas un projet en vous fondant sur l’ancien fonctionnement du BCI. Sa fermeture à compter de 2026-2027 oblige à vérifier, dès maintenant, les accords bilatéraux directs proposés par votre propre université, leur durée et leurs conditions financières. Une fois cette base confirmée, pensez au séjour comme à une présence longue sur un campus, pas comme à une parenthèse touristique. Les rencontres les plus durables viennent rarement d’un programme à elles seules. Elles naissent du temps partagé et du fait de revenir.
