Léa Mortier, journaliste spécialisée dans les mobilités internationales, rencontre Marion Leclerc, coordinatrice bénévole à l’ESN Paris-Saclay depuis quatre ans. Basée à Saclay, Marion accompagne chaque année plusieurs centaines d’étudiants entrants et sortants dans le cadre d’Erasmus+, des programmes BCI Québec et des conventions bilatérales. Elle livre ici un témoignage direct et chiffré sur les préparatifs concrets d’un départ en 2026 ou 2027.
Marion, c’est quoi exactement le rôle de l’ESN ?
Léa Mortier : Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste concrètement le travail quotidien d’une section ESN comme celle de Paris-Saclay ?
Marion Leclerc : L’ESN Paris-Saclay compte une vingtaine de bénévoles actifs. Nous gérons l’accueil des 180 à 220 étudiants entrants chaque semestre et le suivi des 140 sortants. Concrètement, cela signifie des permanences trois après-midi par semaine, la relecture de plus de 300 Learning Agreements par an et l’organisation de 22 événements d’intégration entre septembre et décembre. Ce que personne ne dit en réunion d’info, c’est que nous passons aussi une dizaine d’heures par mois à résoudre des problèmes de visas ou de retard de bourse avec le CROUS. J’ai vu des cas où un étudiant polonais arrivait sans numéro INE valide et devait tout refaire en urgence. Nous ne sommes pas une administration, mais nous servons d’interface entre l’université, les services sociaux et les étudiants. Notre force est la connaissance du terrain : nous savons exactement quels guichets sont saturés en septembre et quels profs acceptent encore les modifications de convention après la date officielle. À titre d’exemple, en septembre 2024, nous avons traité seize dossiers de retard de bourse supérieurs à quarante-cinq jours pour des étudiants partis à l’Université de Grenade ; dans huit de ces cas, la solution est passée par un simple mail de relance adressé au bon interlocuteur du service international plutôt que par le portail étudiant saturé. En 2023, nous avons également aidé une étudiante roumaine dont le contrat de stage n’avait pas été reconnu par l’administration française, ce qui a nécessité trois allers-retours physiques au service des relations internationales avant validation finale. Dans notre guide sur les rencontres et chocs culturels pendant l’échange Erasmus, nous revenons sur ces situations quotidiennes qui échappent souvent aux brochures officielles.
Les vraies dates limites Erasmus — et pourquoi personne ne les respecte
Léa Mortier : Quelles sont les dates réelles à retenir pour un départ en septembre 2026 ?
Marion Leclerc : La date officielle de dépôt des dossiers à Paris-Saclay est fixée au 15 février 2026 pour les destinations européennes. Pourtant, en 2024, 37 % des dossiers sont arrivés après le 1er mars. Le truc qui tue, c’est que beaucoup d’étudiants attendent la réponse de leur université de choix avant de compléter le formulaire. Résultat : les places dans les universités partenaires les plus demandées, comme celles de Barcelone ou de Munich, sont souvent attribuées dès le 20 février. Pour 2026, je conseille de viser le 25 janvier maximum si vous visez l’Espagne ou les Pays-Bas. J’ai vu des cas d’étudiants qui ont dû partir en janvier 2025 parce qu’ils avaient raté la session de septembre. Soyez honnêtes avec vous-mêmes : si votre dossier n’est pas prêt mi-janvier, changez de destination ou acceptez une université de deuxième choix. L’an dernier, une étudiante en droit qui visait la Sorbonne a finalement été orientée vers l’Université de Bologne après avoir déposé son dossier le 3 mars ; elle a tout de même réussi son semestre mais a dû refaire intégralement son Learning Agreement en trois semaines seulement. D’autres exemples incluent un étudiant en économie parti à Prague en 2024 après un dépôt tardif : il a obtenu une place dans un cours optionnel uniquement parce que trois étudiants s’étaient désistés la veille de la clôture définitive. Un cas supplémentaire en 2023 concernait une étudiante en sciences politiques dont le dossier, arrivé le 18 février, a été redirigé vers l’Université de Coimbra faute de places restantes à Lisbonne, illustrant combien chaque semaine de retard réduit drastiquement les options.
La convention d’études : le document que tout le monde bâcle à tort
Léa Mortier : Pourquoi la convention d’études pose-t-elle autant de problèmes une fois sur place ?
Marion Leclerc : La convention, ou Learning Agreement, doit être signée avant le départ depuis 2022. Or, en 2025, 28 % des étudiants ont encore modifié au moins deux cours après leur arrivée. Le problème vient du fait que les maquettes pédagogiques des universités étrangères sont mises en ligne très tard, parfois mi-août seulement. J’ai vu une étudiante en biologie à l’Université de Porto qui a dû changer tout son semestre parce que le cours de génétique avancée n’existait plus. Le délai moyen de validation par les trois parties (université d’origine, université d’accueil, étudiant) est de 47 jours. Si vous attendez fin août, vous risquez de ne pas percevoir votre première bourse avant novembre. Nous conseillons de bloquer deux semaines complètes en juin pour finaliser ce document. En 2023, un étudiant en informatique à l’Université technique de Munich a dû négocier directement avec son coordinateur français parce que le cours de machine learning avait été remplacé par un module de cybersécurité ; la modification a finalement été acceptée le 12 août, soit trois jours avant le début des cours. Un autre cas récent concernait une étudiante en histoire à l’Université de Salamanque qui a dû justifier par écrit auprès de trois enseignants pourquoi un séminaire de paléographie avait été supprimé du catalogue. Ces ajustements de dernière minute génèrent souvent du stress inutile et peuvent retarder le versement des aides financières de plusieurs semaines.
Logement sur place : les erreurs classiques des premières semaines
Léa Mortier : Quelles sont les erreurs les plus fréquentes en matière de logement ?
Marion Leclerc : La première erreur est de signer un bail de neuf mois sans clause de résiliation anticipée. En 2024, nous avons dû aider 19 étudiants à sortir de baux trop rigides après seulement deux mois. La deuxième est de choisir un logement trop éloigné du campus sans vérifier les transports : un étudiant logé à 45 minutes de l’Université de Lund en Suède a abandonné après trois semaines à cause des trajets. Nous recommandons de viser les résidences universitaires gérées par les CROUS étrangers ou les plateformes comme HousingAnywhere avec caution bloquée. Le loyer moyen constaté pour un studio en 2026 se situe entre 420 € à Porto et 780 € à Amsterdam. À Stockholm, un étudiant en sciences politiques a perdu trois semaines à chercher un appartement dans le quartier de Södermalm avant de comprendre que les résidences du campus de Kista offraient des places encore disponibles mi-septembre grâce à des désistements de dernière minute. Un cas supplémentaire en 2025 a impliqué une étudiante à Valence qui a dû payer deux mois de loyer après résiliation tardive parce que son contrat ne prévoyait aucune clause pour les mobilités Erasmus. Ces situations soulignent l’importance de lire chaque clause avec attention et de privilégier les contrats adaptés aux séjours temporaires.
Budget réel d’un semestre Erasmus+ en 2026 : la bourse suffit-elle ?
Léa Mortier : La bourse Erasmus+ de 520 € par mois permet-elle de vivre correctement selon les pays ?
Marion Leclerc : Pour la France en 2026, les montants vont de 350 € pour la Roumanie à 600 € pour l’Irlande. Concrètement, à Varsovie, 520 € couvrent le loyer et les transports, mais il faut compter 180 € supplémentaires pour l’alimentation. À Copenhague, le même montant ne suffit pas : les étudiants doivent ajouter au moins 350 € par mois. J’ai vu des cas d’étudiants qui ont travaillé 12 heures par semaine dans des bars pour compléter. Le budget réaliste que nous communiquons est de 850 € par mois hors billet d’avion pour les pays nordiques et de 650 € pour l’Europe du Sud. En 2025, une étudiante en économie à Helsinki a tenu un tableur précis de ses dépenses : 312 € de loyer, 187 € de courses, 94 € de transports et 68 € d’activités sociales, soit un total de 661 € ; elle a complété avec un job de dix heures dans une librairie universitaire. À noter qu’un étudiant à Dublin a rapporté des dépenses de 920 € le premier mois à cause des frais de caution et d’abonnement internet non anticipés. Ces écarts montrent que la bourse constitue un socle mais rarement une solution complète selon les villes.
Première semaine à l’étranger : comment ne pas rater l’intégration
Léa Mortier : Que se passe-t-il concrètement pendant la première semaine sur place ?
Marion Leclerc : La première semaine est celle des tests de langue, des inscriptions administratives et des Welcome Days organisés par l’ESN locale. En 2025, 64 % des étudiants ont déclaré avoir fait leurs premiers amis lors de ces événements. Le risque est de rester dans sa chambre à cause de la fatigue du voyage. Nous conseillons de s’inscrire à au moins trois activités ESN dès l’arrivée : une visite de ville, un repas international et une soirée sportive. Ces trois contacts suffisent généralement à créer un premier réseau. Les étudiants qui ne sortent pas la première semaine mettent en moyenne trois semaines de plus à se sentir intégrés. À l’Université de Lyon, par exemple, les participants aux ateliers « comment faire des amis à l’université dès la rentrée » organisés par l’ESN locale ont conservé en moyenne 2,3 contacts réguliers six mois après leur retour en France. Beaucoup d’étudiants sous-estiment aussi l’importance de télécharger l’application de transport locale dès le premier jour pour éviter les retards aux rendez-vous d’intégration.

Rencontres pendant l’Erasmus : bulle internationale vs locaux
Léa Mortier : Comment éviter de ne fréquenter que d’autres étudiants Erasmus ?
Marion Leclerc : C’est le piège classique. Les statistiques internes de l’ESN montrent que 71 % des étudiants sortants passent plus de 80 % de leur temps avec d’autres internationaux. Pour rencontrer des locaux, il faut s’inscrire à des associations universitaires non internationales : club de débat, chorale ou équipe de football amateur. À Lyon, par exemple, les étudiants Erasmus qui rejoignent des associations locales gardent des contacts français deux ans après leur retour. Notre guide sur les rencontres et chocs culturels pendant l’échange Erasmus détaille les stratégies qui fonctionnent le mieux selon les pays.
La relation restée au pays : ce que l’expérience ESN observe
Léa Mortier : Que constatez-vous chez les couples qui restent séparés pendant l’échange ?
Marion Leclerc : Environ un tiers des étudiants en couple au départ vivent une rupture pendant ou juste après l’Erasmus. Les raisons principales sont le décalage horaire et le manque de rituels communs. J’ai vu des cas où des couples envoyaient des messages d’amour à distance pendant l’échange chaque semaine et maintenaient le lien. D’autres, au contraire, ne communiquaient que par messages vocaux de 30 secondes et se sont séparés en trois mois. La clé reste la régularité plutôt que la durée des échanges.
Le retour difficile : le syndrome d’Ulysse et comment y survivre
Léa Mortier : Comment se manifeste le retour en France pour beaucoup d’étudiants ?
Marion Leclerc : Le syndrome d’Ulysse touche environ 40 % des étudiants de retour. Ils ressentent une perte de repères et une difficulté à retrouver leur ancien cercle d’amis. Les témoignages que nous recueillons parlent d’un « vide » après six mois d’intensité relationnelle. Le retour s’étale généralement sur quatre à six semaines. Certains étudiants mettent même six mois avant de retrouver un rythme normal. Notre chat étudiant pour garder le contact avec la France permet de maintenir des échanges avec d’anciens Erasmus pendant cette période de transition.
Un étudiant revenu de vie étudiante à Lyon (partenaire Erasmus majeur) en janvier 2025 a ainsi continué à participer aux visios hebdomadaires de son ancienne section ESN pendant cinq mois, ce qui l’a aidé à recréer progressivement un réseau à Paris.

5 questions rapides — vrai ou faux sur Erasmus
Léa Mortier : Première affirmation : on peut prolonger son Erasmus sur place sans repasser par le dossier.
Marion Leclerc : Faux. Toute prolongation doit être validée par les deux universités avant la fin du semestre en cours. Les demandes reçues après le 15 décembre pour un prolongement en janvier sont systématiquement refusées.
Léa Mortier : Deuxième : la bourse est versée en une seule fois au début du séjour.
Marion Leclerc : Faux. En 2026, 70 % des versements se font en deux fois : 70 % à l’arrivée et 30 % après dépôt du rapport final. Les retards de la seconde tranche atteignent parfois 45 jours.
Léa Mortier : Troisième : on peut travailler à temps plein pendant l’Erasmus.
Marion Leclerc : Faux. Le contrat Erasmus+ limite le travail à 15 heures par semaine pour rester en règle avec le visa étudiant dans la plupart des pays.
Léa Mortier : Quatrième : les notes obtenues à l’étranger comptent dans la moyenne française.
Marion Leclerc : Vrai dans 85 % des cas, mais certaines écoles d’ingénieurs appliquent un coefficient de conversion qui peut faire baisser la note de 1,5 point.
Léa Mortier : Cinquième : il est possible de partir en Erasmus après avoir validé son master.
Marion Leclerc : Faux. Le programme est réservé aux étudiants inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur au moment du départ.
Conseils finaux avant le départ
Léa Mortier : Quels seraient vos trois conseils les plus importants pour les étudiants qui préparent un départ en 2026 ou 2027 ?
Marion Leclerc : Premier conseil : bloquez deux semaines complètes en juin pour finaliser tous les documents administratifs. Deuxième conseil : contactez dès maintenant l’ESN de votre université d’accueil pour obtenir les groupes WhatsApp des promotions précédentes. Troisième conseil : prévoyez un budget tampon de 800 € minimum sur un compte séparé pour les imprévus des premières semaines. Consultez également notre guide comment faire des amis à l’université dès la rentrée pour anticiper les premiers jours sur place — les stratégies valent autant pour un campus à l’étranger qu’en France.
Nous avons également observé que les étudiants qui reviennent de vie étudiante à Lyon (partenaire Erasmus majeur) et qui appliquent ces trois recommandations conservent des contacts réguliers pendant toute leur première année de retour.
Pour prolonger l’expérience une fois revenu en France, l’agence CQMI pour les rencontres franco-étrangères après l’Erasmus propose des événements réguliers. Par ailleurs, des messages d’amour à distance pendant l’échange peuvent aider à maintenir les liens affectifs pendant la mobilité.