Le Buddy System met en relation un étudiant international avec un étudiant déjà installé sur le campus. L’idée est simple : passer d’un contact institutionnel à une vraie rencontre, autour d’un café, d’une visite du campus, d’une conversation dans une autre langue ou d’une sortie. Maya Lefèvre, journaliste pour Rencontre Étudiante, échange avec Inès Moreau, coordinatrice ESN, sur ce qui fait fonctionner ce parrainage — et sur ses limites. Car recevoir un nom et une adresse de contact ne suffit pas toujours à créer un lien.

Après la mise en relation, le vrai travail commence

Maya Lefèvre — Comment définiriez-vous le Buddy System sans utiliser le vocabulaire des services internationaux ?

Inès Moreau — C’est un dispositif de parrainage entre étudiants. Une personne qui arrive de l’étranger est mise en relation avec un étudiant qui connaît déjà le campus et son environnement. Ce dernier peut être français, mais pas nécessairement : un étudiant international installé depuis plus longtemps peut aussi comprendre très concrètement les difficultés d’une arrivée.

ESN, Erasmus Student Network, est présent dans 34 villes en France et propose une plateforme Buddy System de mise en relation. Cette plateforme sert de point de départ. Elle ne fabrique pas automatiquement une amitié. Le premier message, le choix d’un rendez-vous et la régularité des échanges restent entre les mains des étudiants.

Le buddy aide à rendre l’université moins anonyme. Il peut montrer où se trouvent les bâtiments utiles, expliquer une habitude de campus ou proposer une sortie. Une question assez banale — où déjeuner, comment rejoindre une activité, avec qui pratiquer le français — devient parfois le début d’une conversation plus personnelle.

C’est ce passage du renseignement à l’expérience partagée qui distingue le Buddy System d’une simple foire aux questions. L’étudiant accueilli n’obtient pas seulement une réponse : il rencontre quelqu’un avec qui vivre ses premiers repères.

Le Buddy System ne promet pas une amitié. Il crée une occasion crédible de se rencontrer, puis laisse aux étudiants la liberté d’en faire quelque chose.

Qu’est-ce qui transforme un contact en rencontre réelle ?

Maya Lefèvre — Beaucoup de programmes savent envoyer des contacts. Pourquoi certains binômes se voient-ils vraiment alors que d’autres s’arrêtent après un message ?

Inès Moreau — La différence se joue souvent dans la précision de la première proposition. « Dis-moi si tu as besoin » part d’une bonne intention, mais oblige l’étudiant qui vient d’arriver à formuler une demande. Or il ne sait pas encore toujours ce qui lui manque. Une invitation concrète fonctionne mieux : retrouver son buddy à l’entrée du campus, déjeuner ensemble ou découvrir une activité universitaire.

Le premier rendez-vous n’a pas besoin d’être ambitieux. Un lieu public et facile à identifier évite une difficulté supplémentaire. L’enjeu est de donner une suite possible à cette rencontre, sans instaurer d’obligation sociale.

Quelques gestes rendent l’échange plus naturel :

  • proposer une activité définie plutôt qu’une aide vague ;
  • demander quelle langue chacun souhaite pratiquer ;
  • présenter l’étudiant international à d’autres personnes quand l’occasion se présente ;
  • alterner les sujets pratiques et les moments sans rapport avec l’administration ;
  • accepter qu’un binôme puisse avancer lentement.

Le Buddy System rejoint ainsi les conseils pour faire des amis à l’université : les relations naissent plus facilement dans la répétition que lors d’un événement isolé. Se recroiser, partager un repas ou rejoindre une sortie donne de la matière au lien.

Je nuancerais pourtant une idée fréquente : un buddy très extraverti n’est pas forcément un meilleur buddy. Une personne calme, ponctuelle et attentive peut offrir un accueil beaucoup plus rassurant qu’un étudiant qui multiplie les invitations sans réellement écouter.

Deux étudiantes de nationalités différentes partageant un café en terrasse près du campus, conversation animée
Un café en terrasse suffit souvent à transformer un contact institutionnel en vraie conversation.

Rennes, Paris 3, Tours : des cadres qui ne se confondent pas

Maya Lefèvre — Le Buddy System d’ESN est-il identique partout en France ?

Inès Moreau — Non. ESN propose une plateforme et possède une présence dans 34 villes, mais les universités peuvent également administrer leur propre dispositif. Il faut donc vérifier le canal utilisé localement plutôt que supposer que toutes les inscriptions passent par le même formulaire.

Voici les différences que l’on peut établir à partir des dispositifs annoncés :

Dispositif Organisation connue Ce que l’étudiant doit retenir
ESN en France Plateforme Buddy System de mise en relation ; réseau présent dans 34 villes Chercher la disponibilité du programme dans sa ville et suivre le canal local
Université de Rennes Buddy Programme lancé ou étoffé pour la rentrée 2025-2026 L’accompagnement couvre les démarches administratives, le soutien académique, la langue et les sorties culturelles
Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 Buddy System propre à l’établissement Le dispositif est géré par la Direction des Affaires Internationales
Université de Tours Buddy System avec inscriptions annuelles Consulter la période d’inscription publiée par l’université

Le tableau montre surtout qu’il n’existe pas une porte d’entrée nationale unique. À la Sorbonne Nouvelle Paris 3, le dispositif relève directement de la Direction des Affaires Internationales. À Tours, les inscriptions sont proposées chaque année. Rennes a, pour la rentrée 2025-2026, lancé ou renforcé un programme dont les missions sont clairement plus larges qu’un accueil administratif.

Cette diversité n’est pas nécessairement un défaut. Une université peut adapter le parrainage à son organisation. Elle complique toutefois la recherche d’informations : l’étudiant doit consulter les pages de son établissement et les relais ESN de sa ville, sans confondre les deux.

Le buddy n’est pas un guichet administratif ambulant

Maya Lefèvre — Jusqu’où peut aller l’accompagnement sans transformer le buddy en assistant personnel ?

Inès Moreau — Le buddy peut expliquer, orienter et accompagner. Il ne remplace pas les services compétents et n’a pas à résoudre lui-même chaque dossier. Cette frontière protège les deux personnes. Un étudiant bénévole peut aider à comprendre où effectuer une démarche ; il ne peut pas garantir son résultat.

L’exemple de l’Université de Rennes montre bien l’étendue possible du rôle. Pour la rentrée 2025-2026, son Buddy Programme comprend l’accompagnement dans les démarches administratives, mais aussi le soutien académique, la langue et les sorties culturelles. Le parrainage touche donc la vie quotidienne dans son ensemble.

Dans la pratique, les missions peuvent prendre des formes très simples :

  • aider à repérer le bon interlocuteur universitaire ;
  • expliquer le fonctionnement général du campus ;
  • pratiquer le français ou une autre langue pendant une conversation ;
  • inviter son buddy à une sortie culturelle ;
  • faciliter une présentation avec d’autres étudiants.

L’administratif occupe souvent le début de l’échange parce que les questions sont urgentes. Il ne devrait pas absorber toute la relation. Quand chaque message concerne un document ou une procédure, le buddy devient un point d’assistance. Dès qu’une activité partagée apparaît, la relation peut changer de registre.

Les étudiants qui préparent leur arrivée trouveront aussi des repères dans notre guide Erasmus de préparation. Le parrainage complète cette préparation humaine ; il ne la remplace pas.

Une étudiante guidant une nouvelle arrivante internationale à travers le campus universitaire
Montrer les bâtiments utiles et les habitudes du campus fait souvent le pont entre l'administratif et la vraie rencontre.

Devenir buddy sans se donner un rôle impossible à tenir

Maya Lefèvre — Que conseilleriez-vous à un étudiant français ou déjà installé qui souhaite devenir buddy ?

Inès Moreau — Je lui conseillerais d’abord de regarder quel dispositif existe réellement dans son établissement : plateforme proposée par ESN, programme propre à l’université ou inscriptions selon un calendrier local. À la Sorbonne Nouvelle Paris 3, il faut se tourner vers le Buddy System géré par la Direction des Affaires Internationales. À Tours, il faut surveiller les inscriptions annuelles.

Avant de s’inscrire, mieux vaut être honnête sur sa disponibilité. Il n’est pas nécessaire d’organiser constamment des sorties. Il faut en revanche pouvoir répondre, proposer un premier contact et ne pas disparaître sans explication. Un engagement modeste mais tenu vaut mieux qu’une promesse d’accompagnement permanent.

Je recommande aussi de réfléchir à ce que l’on peut réellement partager. Cela peut être une connaissance du campus, une envie de pratiquer une langue ou un intérêt pour les échanges culturels. Le buddy n’a pas besoin d’être expert de toutes les démarches ni de connaître toute la ville.

Après la mise en relation, un déroulé très simple suffit :

  • envoyer un message personnel et compréhensible ;
  • convenir d’un premier rendez-vous dans un lieu public ;
  • demander ce qui aiderait l’étudiant à prendre ses repères ;
  • proposer ensuite une activité compatible avec les envies de chacun ;
  • rediriger vers le service compétent lorsqu’une demande dépasse le rôle du buddy.

Il faut également respecter un refus ou une réponse tardive. L’étudiant international peut être pris par son installation, ses cours ou d’autres préoccupations. Le parrainage ne crée pas une dette de sociabilité.

La langue peut rapprocher, mais aussi fatiguer

Maya Lefèvre — La pratique linguistique est souvent mise en avant. Comment éviter qu’elle rende la conversation artificielle ?

Inès Moreau — En ne transformant pas chaque rencontre en cours. La langue est l’une des missions possibles du buddy, et elle peut devenir un moteur puissant de rapprochement. Pourtant, une personne qui cherche ses mots en permanence peut se sentir observée ou évaluée.

Le mieux est d’en parler ouvertement. Certains étudiants souhaitent parler surtout français. D’autres préfèrent alterner afin de pouvoir aussi raconter une histoire complexe ou exprimer une nuance. Le buddy peut corriger lorsque cela est demandé, sans interrompre chaque phrase.

Une activité aide beaucoup : marcher, cuisiner, visiter un lieu ou retrouver un groupe donne un sujet immédiat. La conversation n’a plus à reposer sur une succession de questions personnelles. Pour découvrir d’autres espaces où Français et étudiants venus d’ailleurs partagent leur quotidien, notre guide sur la colocation internationale complète bien cette approche.

Il existe aussi un déséquilibre possible. L’étudiant local ne doit pas considérer son buddy comme un partenaire linguistique disponible à volonté. La réciprocité compte : chacun doit pouvoir choisir la langue, le moment et la forme de l’échange.

Une porte vers le campus, pas une amitié garantie

Maya Lefèvre — Peut-on vraiment parler d’intégration sociale durable grâce à un seul parrainage ?

Inès Moreau — Le parrainage peut ouvrir une porte, mais il ne suffit pas à lui seul. Son intérêt est de créer un premier ancrage humain. Le buddy peut présenter d’autres étudiants, proposer une sortie et rendre plus facile l’entrée dans un groupe. L’étudiant international commence alors à construire son propre réseau, au lieu de dépendre d’une seule personne.

C’est aussi ce qui différencie l’intégration d’un accueil ponctuel. Une visite du campus est utile. Une relation qui permet ensuite de pratiquer la langue, de sortir et de rencontrer d’autres personnes a un effet plus durable. Les missions reconnues du buddy vont bien au-delà des démarches administratives.

La réussite ne se mesure pas forcément à la naissance d’une grande amitié. Un binôme peut avoir joué son rôle si l’étudiant arrivé de l’étranger se sent capable de participer à une activité, d’écrire à d’autres camarades ou de rejoindre les rencontres Erasmus sur le campus.

Il faut accepter que certaines mises en relation fonctionnent peu. Les emplois du temps, les attentes ou les personnalités ne s’accordent pas toujours. Ce constat ne condamne pas le dispositif. Il rappelle seulement qu’une plateforme organise une possibilité ; la rencontre, elle, demande une initiative réelle et un peu de continuité.